www.snuipp.fr

SNUipp-FSU de la Corrèze

Vous êtes actuellement : Le métier  / Evaluations  

fontsizeup fontsizedown impression s'abonner  à la rubrique {}
13 janvier 2009

Evaluations CM2 : déclaration du SNUipp 19 à la CAPD du 13.01

Le Ministre de l’Education Nationale a annoncé que l’évaluation CM2, qui remplace celles effectuées en début de 6e, était destinée à mesurer les acquis des élèves et à disposer d’un instrument de pilotage du système éducatif, du niveau local au niveau national et que toutes les compétences seraient évaluées.

Si le SNUipp est favorable à des évaluations qui visent à faire progresser les élèves et qui aident à la communication avec les parents d’élèves, nous tenons à faire part de nos vives inquiétudes vis-à-vis du dispositif prévu et du contenu des épreuves.

Parlant de la publication des résultats des évaluations nationales CE1 et CM2 à un regroupement d’Inspecteurs de l’Éducation Nationale, le 9 décembre, en présence d’un recteur et d’un Inspecteur Général, le chef du bureau de la Direction générale des enseignements scolaires (Dgesco) du Ministère de l’Éducation Nationale a déclaré : « Qui peut empêcher de faire circuler l’information selon laquelle les enfants réussissent mieux dans telle école que dans telle autre ? Même les enseignants le savent ». (…) « Cet outil n’est pas un indice de performance de l’école, mais de localisation géographique. » On apprend aussi que le ministère réfléchit à « la possibilité d’offrir aux directeurs la capacité de consulter les résultats des autres écoles ». De plus, « cinq indicateurs de réussite seront calculés localement » pour être « remontés » par le directeur d’école aux échelons supérieurs via le site internet académique (et non le site intranet) . Parmi ces 5 indicateurs nous noterons la part d’élèves « en difficulté » (moins de 33% des items réussis !), la part d’élèves « nécessitant une attention particulière » (de 33 à 50% !). Les résultats de chaque école pour ces cinq indicateurs seront « communiqués à l’extérieur ».

Nous savons que les résultats d’une évaluation peuvent varier considérablement en fonction de la difficulté des exercices présentés et du mode de correction utilisé. Comment évaluer sérieusement la maîtrise de certaines compétences qui n’auront pas été étudiées à cette période de l’année ? ( la maîtrise des fractions, des calculs d’aires ou du plus-que-parfait.) .

Nous posons également la question du pourquoi évaluer en milieu de CM2 des compétences qui ne sont pas considérées comme exigibles dans le cadre du socle commun en 6 e ?

D’autre part le codage binaire retenu (1 : réussite ; 0 : échec) conduit à ne pas prendre en compte les réussites partielles : un élève qui répond correctement à 8 questions sur dix dans un item sera considéré en échec complet comme un élève qui ne produit aucun résultat exact.

Cherche-t-on ainsi à mettre en difficulté et à stigmatiser des élèves en établissant une évaluation « couperet » ? S’agit-il pour le ministère de prouver que « les résultats de (la seule !) école primaire ne cessent de se dégrader » ?

Contrairement à ce qu’affirme le ministère, ce nouveau dispositif ne favorisera en rien les apprentissages des élèves. Là où il a été mis en place (Californie, Grande-Bretagne), ce « pilotage » a entraîné la généralisation du bachotage. Étant tentés de préparer intensivement leurs élèves à la surface des épreuves, les maîtres sont conduits à négliger les acquisitions en profondeur, les vrais « fondamentaux ». On y constate la multiplication des fraudes, certaines écoles truquant les résultats transmis à l’administration. Au grand étonnement des responsables politiques qui ont voulu appliquer à l’école ce « pilotage par les résultats » en vogue dans le privé… il a engendré une baisse des performances réelles de l’ensemble des élèves ! « Comparateur d’écoles », ce dispositif établira un classement qui, avec la fin de la carte scolaire, transformera le réseau des établissements en un vaste marché et les parents en consommateurs. Il accroîtra les inégalités entre écoles, les unes devenant des écoles « top » que se choisiront des élèves issus des « élites », les autres se ghettoïsant davantage. Il installera donc les écoles dans une relation de concurrence plutôt que de coopération .

Les maîtres seront constamment soumis à la pression des familles qui deviendront les vrais prescripteurs pédagogiques. L’école publique, qui aurait besoin de plus de sérénité, deviendra le champ clos de conflits entre groupes de parents adhérant à des conceptions éducatives différentes. La porte sera alors grande ouverte au communautarisme et la laïcité sera vite submergée. Quant à la façon dont tel maire ou tel groupe politique local utilisera ces résultats, il n’est pas difficile de l’anticiper si l’on se remémore les appels au lynchage de certains enseignants par des groupes comme SOS Éducation, lors de la polémique sur la lecture au CP initiée par M. de Robien. Il faut bien voir aussi qu’avant même la généralisation de ce dispositif à toute la scolarité primaire, les résultats pourront servir à l’évaluation des équipes d’enseignants par leur hiérarchie et au calcul du « salaire au mérite » qu’appellent de leurs vœux certains responsables politiques. En fait, avec la publication classe par classe des résultats des évaluations, toute l’école risque d’être gouvernée par la réussite à des exercices dont la pertinence ne sera pas discutable puisqu’elle relèvera d’une norme administrative. C’est l’idée même d’évaluations au service des apprentissages et de l’amélioration du service public d’éducation qui sera discréditée.

Pour conclure, nous citerons le syndicat des Inspecteurs de la FSU (SNPI) qui déclare : « Au stade où nous nous trouvons, plus rien n’étonne les inspecteurs. Mais derrière la comédie, se cache hélas la tragédie d’une école publique malmenée en permanence depuis un an. Et cela, au nom d’une idéologie directement inspirée par le management concurrentiel, la menace de sanction des individus, et le culte du chiffre. Au final, qu’évaluera-t-on ? Les résultats des élèves, l’efficacité des maîtres, celle des inspecteurs, ou la clairvoyance du ministère ? »

PDF - 124 ko
CM2 maître
PDF - 157.3 ko
CM2 élève
En pièces jointes, les livrets maître et élève (évaluations CM2).

 

29 visiteurs en ce moment

*Top

SNUipp-FSU 19, Ecole Turgot, Place de La Bride, 19000 TULLE Tel : 05 55 20 27 75 Email : SNUipp19

JPG - 10.5 ko

©Copyright 2006 - SNUipp-FSU de la Corrèze, tous droits réservés.